octobre 14, 2017 admin4334 3 comments

Quelque part, au milieu d’une cour de récréation, un enfant slalome ballon au pied avec une aisance déconcertante pour son âge. Il dribble tous ses camarades les uns après les autres et bien qu’il ait conscience de leur présence, il semble évoluer dans une autre dimension, comme s’il était intouchable, les yeux fixés sur son objectif. Il arbore un large sourire, témoin de sa passion et il rêve, tout en jouant jusqu’à l’épuisement, d’imiter son idole, l’Argentin Lionel Messi. Il rêve d’une carrière brillante et de devenir une star du ballon rond dans un club mythique. Il rêve de remplir les compilations des meilleures actions sur Internet et d’inspirer à son tour les gamins du monde entier.

 

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Mais il rêve aussi de faire partie intégrante d’un club et de côtoyer des coéquipiers qui seront une deuxième famille pour lui. Il rêve d’une épopée forgée par de glorieuses victoires et des titres de champion. Il rêve d’inscrire son nom dans la légende du football.

Il arrive dans son premier club, plein d’excitation et avec une envie dévorante de fouler la pelouse. Dès son premier jour, il croise d’autres enfants et il remarque d’emblée dans leurs yeux qu’ils ont la même passion que lui, le même feu intérieur. Il est désormais dans son milieu mais il n’est plus seul, avec son ballon. Il fait face pour la première fois à l’adversité mais aussi au partage et découvre l’encadrement d’un éducateur. Il devra se surpasser pour démontrer ses qualités et être le meilleur. Dans sa tête, il n’y a pas d’autres options. Mais pour cela, il faudra qu’il fournisse un maximum d’efforts et qu’il se montre à l’écoute de tout ce qui pourra lui servir dans sa progression. Car donner le meilleur de soi-même ne suffit pas. Il faut s’améliorer constamment et de façon intelligente, pour gagner du temps sur ses semblables. Son amour du jeu et sa volonté de partager vont le porter tout au long de son parcours.

Pour la première fois, il se rend compte de la dualité entre le sport loisir qu’il pratiquait et le chemin qu’il est décidé à suivre pour devenir un professionnel. Son évolution passe nécessairement par cette transition qui va le changer à jamais.

Le jeune insouciant qui jouait seul pendant des heures va se transformer en travailleur assidu et acharné, des qualités qui lui sont indispensables maintenant qu’il a intégré le centre de formation du club dont il a toujours rêvé, où la rigueur inamovible est un socle et les attentes sont omniprésentes.

Il a toujours été habité par le leitmotiv de devenir joueur professionnel et ce qui va être déterminant dans sa réussite est sa capacité à conserver la passion de vouloir en faire son métier.

Il doit pour cela endurer le travail imposé, développer la rigueur nécessaire et faire preuve d’abnégation pour continuer à évoluer dans la structure élite dont les attentes sont autant portées sur son évolution personnelle que sur les résultats de son équipe. Les obstacles sur sa route sont nombreux et il se rend progressivement compte de l’incertitude de sa quête, symbolisée par la mise en concurrence et l’élitisme du métier.

Pour atteindre les sommets du football, il s’est engagé dans une situation de quitte ou double car pour lui, il est impossible d’y renoncer. Les efforts physiques et mentaux fournis au quotidien vont lui faire passer un cap et il apprend à se connaître dans l’adversité. Il est professionnel, non pas encore par le contrat, mais dans son esprit et dans la certitude de son engagement.

Il se démarque de ses camarades grâce à une motivation intrinsèque puissante et persistante. Ce moteur transcende ses qualités physiques, techniques et tactiques.

Son rêve est sa destination et son entraînement son plan de route.

Il est dans une position rarissime de pouvoir faire de sa vocation son métier et l’atteinte de son objectif l’amène vers un bonheur immense : il devient professionnel.

Si le chemin parcouru jusqu’aux portes de l’élite était long et fastidieux, le plus dur reste pourtant à faire ! Le précieux sésame en main, il demeure un simple morceau de papier et sa carrière va dépendre de nombreux facteurs.

Il doit s’imposer en tant que titulaire dans son club pour continuer à progresser car il sait pertinemment que de ne pas jouer et de stagner est un risque trop important. Tout bouge très vite et les places sont ardemment disputées. C’est ce qui l’amène à être toujours conscient de la chance d’être passionné par son métier.

Il prend plaisir dans la rigueur de l’entraînement et de la compétition. Le milieu du sport professionnel va le pousser à travailler sur ses compétences extra-sportives pour faire bonne figure lors des conférences de presse, des interviews à la mi-temps des matchs, ou sur les réseaux sociaux où la gestion de son image sera primordiale.

L’excellence de sa carrière va dépendre de sa capacité à « voir » les situations, à l’instar du terrain où il est amené à anticiper le déroulement d’une action et le déplacement de ses coéquipiers et adversaires. Il devra choisir ses clubs en fonction d’une sensibilité qui lui est propre et s’entourer de personnes bienveillantes qui ont à cœur de le voir réussir.

Tout au long de sa carrière et au fur et à mesure qu’il se rapproche du jour où il raccrochera ses crampons, il faudra qu’il garde son rêve d’enfant vivant et chacune de ses actions sera portée par la liberté qu’il ressentait autrefois, lorsqu’il faisait ses premières gammes, dans la cour de récréation.

septembre 19, 2016 admin4334 3 comments

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La formation est en pleine progression en France, à l’instar de la performance des Bleuets lors du Championnat d’Europe des Nations U19, qui se sont illustrés grâce à un collectif magnifié. En pratiquant un football solidaire, les joueurs se sont impliqués dans la tâche tout au long d’une compétition qu’ils auront dominée de la tête et des crampons. Après un premier match perdu, ils ont su se remobiliser et trouver leur force dans le groupe et dans leurs valeurs intrinsèques.

Ils ont été façonnés à l’image de leur sélectionneur, Ludovic Batelli, qui a construit ce groupe depuis quelques années en privilégiant les complémentarités, les complicités et l’alchimie entre joueurs. Sa générosité de tous les instants a rejailli sur eux et ils n’en ont brillé que plus fort.

Mais si cette équipe de France a pu s’illustrer ainsi, c’est avant tout grâce à un travail de fond, préparé et mis en œuvre bien en amont par tous les centres de formation et depuis 6 ans.

En effet, il est des fiascos qui mènent à de grandes réussites et le football nous en offre parfois de merveilleux exemples. L’un d’entre eux nous touche plus particulièrement puisqu’il s’agit de l’équipe de France et trouve son origine dans la débâcle mémorable lors de  la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud.

Au cours de l’un des moments les plus tristement célèbres du football en bleu blanc rouge, les spectateurs et auront été les témoins incrédules d’un échec sportif mais surtout de comportements calamiteux en dehors du terrain.

La prise de conscience par les responsables du football français dont la Direction Technique Nationale (DTN), a mené à repenser la méthodologie de travail des centres de formation en remettant le joueur au service du collectif et en mettant fin à une individualisation (certains diraient individualisme) à outrance dès le plus jeune âge. Les stigmates de cette individualisation n’ont jamais été aussi visibles que lors de ce cuisant échec, symbole de tous les maux d’une génération.

Une génération à qui l’on a tout donné, à l’exception de la culture du groupe. Les formateurs se sont adaptés aux particularités de chacun au détriment de leur place dans le groupe. Les joueurs de cette génération qu’on pensait « dorée » ne pouvaient donc saisir pleinement l’importance de la dynamique d’une équipe. Sur le terrain et dans les vestiaires, les interactions produisent des énergies, souvent bien plus importantes que le talent supérieur d’un ou plusieurs individus. L’alchimie peut créer des actions d’anthologies et des victoires inattendues. Celle du vestiaire peut redonner l’espoir et le plaisir de jouer, composante essentielle au moment de fouler la pelouse. Quand on sait que l’on peut compter sur chacun de ses coéquipiers car on fait partie de quelque chose de plus grand que soi, on développe une sensibilité différente sur le terrain et des habitudes positives pour le bien de l’équipe. Être prêt à se mettre en danger individuellement sur n’importe quelle action pour rattraper l’erreur d’un coéquipier ou combler un oubli défensif est un « savoir-être » primordial qui doit être enseigné de nos jours.

Sur ce constat, la DTN a révisé sa stratégie et opéré un retour au collectif. Pour cela, elle a mis fin à la championite avant la formation, source de nombreux problèmes mais aussi de mauvaises habitudes  qui s’impriment progressivement dans le caractère et l’ADN footballistique des enfants.

La vie est un enchaînement de cycles et du pire émerge parfois le meilleur, encore faut-il vouloir s’engager dans une démarche longue et complexe. Prendre du recul, analyser ses échecs, trouver les corrections judicieuses et adaptées mais aussi vouloir, pouvoir et savoir les mettre en pratique n’est pas donné à tout le monde, d’autant plus quand cela implique un très grand nombre de parties prenantes. La DTN a su réaliser cette transition avec brio et son travail à long terme rejailli à tous les niveaux du football français.

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La génération des Bleuets a démontré toute la pertinence d’une formation renouvelée en s’imposant en finale face à une équipe italienne qui s’appuie sur une identité culturelle forte. Avec un mélange de créativité, de générosité et de solidarité, ils ont dominé des nations que l’on redoutait il y a peu.

La formation française n’a aujourd’hui plus rien à envier à ses voisines et on voit de plus en plus de joueurs évoluer à l’étranger.

Afin de ramener leurs aînés de la sélection nationale au sommet du football mondial, il faudra faire perdurer cet état d’esprit au sein des centres de formation en privilégiant un développement individuel toujours en corrélation avec sa dynamique au sein de l’équipe.

Nous avons donc changé de cycle et nous sommes entrés dans une nouvelle ère du football français, une ère dans laquelle nos enfants rêvent de nouveau de pouvoir enfiler la tunique bleue au coq doré et d’être acclamés par des millions de français. Une ère au cours de laquelle les générations qui ont bénéficié de cette formation axée sur le collectif ont l’occasion et le privilège de faire briller les yeux des gamins au rythme de leurs dribbles chaloupés et de leurs actions d’éclat.

 

août 3, 2016 admin4334 3 comments

Maintenant que l’Euro est terminé, et que les émotions ne peuvent plus interférer avec la raison, il est temps de faire, à froid, l’analyse de cette finale perdue. La nouvelle génération qui compose la sélection tricolore, trop jeune il y a deux ans lors de la Coupe du Monde au Brésil bénéficiait cette année de la scène idéale pour éclater au grand jour. La possibilité de se produire devant son pays dans une compétition internationale de cette ampleur est non seulement rare mais présentait l’occasion unique pour ces joueurs émergents de reconquérir le soutien de toute une nation.  Comme un signe des temps dans ce monde toujours plus connecté, il était donc urgent pour les Bleus de se reconnecter à son public. Et c’est ce qu’ils ont fait !

En s’imposant dans les dernières minutes face à l’Albanie, après avoir fait des efforts incessants jusqu’à la concrétisation finale.

En inscrivant 5 buts aux vaillants Islandais.

En résistant aux champions du monde allemands pour ensuite s’appuyer sur leur réalisme et leur créativité au moment opportun.

Mais par-dessus tout en faisant preuve d’humilité, d’envie, de générosité et en développant un véritable esprit d’équipe, sur et en dehors du terrain.

Alors comment une telle équipe, parvenue si loin dans cette compétition a-t-elle pu craquer sur la dernière marche avec tout un peuple derrière elle et un adversaire à priori inférieur ? Comment les Bleus en sont-ils arrivés à s’incliner face à une sélection Portugaise pourtant si peu enclin à produire du jeu ?

Certains mettront en avant un manque certain d’inspiration, de solutions et de … jambes !

Or il s’agit là d’une analyse très superficielle et bien incomplète du parcours des tricolores.

Car la vérité est sans doute ailleurs…

La chute de ce groupe n’est pas survenue brusquement lors de ce 10 juillet 2016 sur la pelouse du stade de France mais avant même l’Euro. On pouvait d’ailleurs percevoir les prémices de ce qui allait arriver il y a quelques mois déjà. Au moment de faire son choix final des hommes qui allaient représenter l’hexagone, la fameuse liste des 23, le sélectionneur Didier Deschamps était déjà en position délicate. Coincé entre des histoires extra-sportives, il a dû faire face aux problèmes comportementaux et autres caprices de « stars » et ce, bien plus que n’importe lequel de ses prédécesseurs.

 

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Il fallait donc se prononcer en faveur des « stars » ou en faveur de la cohésion.

Choisir d’occulter les graves problèmes des mois précédents au profit unique de grands noms du football français actuel aurait été une prise de risque trop importante.

Choisir d’en tenir compte, c’était miser sur la cohésion, sur et en dehors des terrains.  Mais c’était aussi se priver d’atouts offensifs de premier choix.

Le football étant fondé sur des principes de jeu collectif et de cohésion de groupe, les renier ne mène qu’à l’échec. On ne peut dénaturer le football sans en payer le prix !

Si Didier Deschamps a fait un choix, il s’agissait bien d’un choix contraint. Il a subi des évènements dont il aurait préféré se passer. Dans une telle situation, il a rapidement été étiqueté comme futur perdant d’une compétition organisée à domicile.

L’issue aurait-elle été différente s’il avait opté pour l’alternative ? Probablement pas.  Ou plutôt si ! La sélection aurait certainement implosée, gangrénée par les égos surdimensionnés et les intérêts personnels.

Le succès lors d’une compétition de ce niveau réside en très grande partie dans la préparation.

Quand on pense au parcours de ce Portugal champion d’Europe 2016, on ne peut s’empêcher de faire une parallèle avec la Squadra Azzura de 2006, qui avait elle aussi éliminé les Bleus en finale d’une compétition internationale. Les similitudes sont plus grandes encore dans l’approche de ces compétitions, dans la préparation et le processus de maturation qui a été nécessaire à ces équipes pour aller jusqu’au bout.

Tout d’abord, les deux pays n’avaient pas gagné depuis bien longtemps (en fait, le Portugal n’avait jamais gagné !) et la détermination des joueurs surpassait la pression qu’ils pouvaient ressentir.

Ensuite, l’engouement de leur peuple a grandi au fil du temps pour atteindre  son paroxysme, inscrivant la compétition dans une dimension sociale et culturelle de premier ordre. Ils partagent une certaine façon de penser et de vivre le football.

Enfin, leurs fédérations respectives ont mis en place un plan à long terme qui nécessitait une reconstruction progressive et la mise en application de principes.

Nous avons été témoins du moment précis où tout a basculé et où le Portugal a rencontré son destin.

En un instant, en un geste parfait, Eder a mis le point final à une aventure commencée il y a longtemps, cristallisant tous les efforts réalisés, produits des décisions judicieuses prises au profit de cette sélection.

Au-delà de la symbolique de ce but, il y avait une énergie particulière dans l’action. L’œil avisé aura su capter la magie de ce moment. Tout s’est synchronisé, comme répondant à une sorte de Karma sportif qui portait en lui toute l’énergie positive engrangée par cette sélection au fil du temps et qui s’est abattu à ce moment précis.

Un mouvement qui pouvait sembler anodin à celui qui n’avait aucune idée de la charge culturelle qu’il portait et de sa signification historique mais qui pourtant a été si décisif.

Critiqué tout au long de l’Euro pour des performances jugées bien en deçà du potentiel entrevu par les spécialistes, les joueurs portugais y ont toujours cru. Pour ceux qui pensent encore que le Portugal n’aurait pas dû remporter cet Euro, il est pourtant évident que l’on ne gagne pas un tournoi de cette ampleur sans une véritable stratégie et des qualités en concordance. Ni sans une préparation adéquate.

Les Bleus sont donc tombés sur un bloc équipe bien en place, intraitable en défense et qui sait frapper quand il le faut. Une équipe qui transpire la confiance et la solidarité et qui avait une soif immense d’offrir son premier titre au Portugal.

Donnée perdante avant le début des hostilités, L’équipe de France  aurait pu s’avérer insipide dans sa façon de jouer et inefficace en attaque. Au lieu de cela, elle s’est battue, elle a montré son talent, elle a forcé son destin et nous a fait rêver. Et si elle a effectivement trébuché sur la dernière marche, elle a surtout réchauffé le cœur des Français.

Malgré toutes ces qualités, tout n’était donc pas réuni pour gagner cette année. En s’appuyant sur cette magnifique aventure, elle doit maintenant gagner en maturité et s’imprégner de cette dimension culturelle afin de passer un cap.

On réalise maintenant tout le travail qui a déjà été fait. Le choix d’écarter certains joueurs aux égos surdimensionnés aura notamment porté ses fruits.  Le sélectionneur s’est affirmé en meneur de troupe inébranlable et a atteint ses objectifs avec une équipe qu’il a réussi à faire grandir tout au long du chemin. On comprend mieux désormais pourquoi il n’a divulgué la liste des 23 que le dernier jour. Il se devait de protéger son groupe des distractions extérieures mais également de favoriser les bonnes relations en interne. Cela lui a permis de garder ses joueurs concentrés et sous tension en les protégeant des médias, de leurs interrogations et de leurs doutes. En manager expert et averti qu’il est devenu, il a décliné cette stratégie jusque dans ses rituels d’avant-match, au cours desquels il ne dévoile la composition de l’équipe qu’au dernier moment.

Au final, il a réussi un véritable tour de force en emmenant un groupe qui n’avait pas connu la compétition depuis deux ans, à jouer, vivre et respirer ensemble. Il l’a amené au-delà de ce que nous attendions de lui, au-delà même de ce que nous en espérions.

Pour ce qui est de nos rêves de victoire, ils ne sont pas éteints car ils brillent désormais en direction de Moscou, plus forts encore. Les Bleus nous ont emplis d’espoir et auront à cœur de gravir une marche plus haute cette fois.

Quant à Didier Deschamps, il a réussi à accomplir ce qui s’avère peut-être plus dur que de gagner :

Gagner dans la défaite.

Et si ce n’était que le début…

juillet 25, 2016 admin4334 6 comments

Il fut un temps pas si lointain où les Européens que nous sommes voyions d’un air parfois amusé et souvent dubitatif la façon dont les sports américains étaient présentés et analysés : à grand renfort de chiffres ! Avant, pendant et après les matchs. Sur les plateaux de télévision, dans les débats animés de bar ou lors de soirées entre amis, encore et toujours des chiffres !

Des chiffres partout : du nombre moyen de yards parcourus par les footballeurs américains au pourcentage de réussite aux tirs des basketteurs en passant par le taux de frappe à la batte des joueurs de baseball, les statistiques ne semblent pas avoir de fin.

 

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La quantification exacerbée de la production d’un sportif nous paraissait sinon inadéquate pour le moins superflue, qui plus est si on avait voulu l’appliquer au « beautiful game » qu’est le football. Les Américains ne pourront jamais apprécier la qualité et la beauté du jeu du ballon rond en ne se concentrant que sur de simples chiffres. Cette quantification est donc assez réductrice de ce que peut nous offrir chaque semaine nos artistes en short.

Du moins, c’est ce que nous pensions…

Mais comme nous en venons souvent à appliquer des années après ce qui se fait outre-Atlantique, le « soccer » n’aura pas échappé à cette tendance. Nos journalistes et autres « experts » du football l’ont bien intégré et ce, depuis quelques années déjà. Ils se délectent désormais lorsqu’ils énumèrent des séries de chiffres censées quantifier l’apport de tel ou tel joueur, la domination d’une équipe sur son adversaire, qu’elles soient pertinentes ou qu’elles tombent comme un cheveu sur la soupe.

 

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Le simple fait d’appuyer une analyse par des chiffres suffirait à valider le contenu de cette analyse. On compare les joueurs en fonction de la distance qu’ils ont parcourue pendant un match, de la proportion de passes réussies ou ratées ou du nombre de duels gagnés.

 

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Et pourtant…

Il s’avère qu’il est impossible d’évaluer la qualité d’un joueur et son impact sur le jeu uniquement avec de simples chiffres, aussi nombreux et pertinents soient-ils. Il ne suffit pas de courir plus que les autres mais d’être au bon endroit au bon moment, d’avoir le meilleur timing. Il ne suffit pas d’être le joueur le plus rapide, le plus physique ou de sauter le plus haut mais il faut être sur le ballon avant les autres, mettre le pied quand il faut et comme il faut. Il ne s’agit pas toujours de gagner un duel mais de faire la passe « juste », celle qui lance l’action mais qui ne figurera pas dans les statistiques, ou de couvrir un coéquipier qui a quitté sa position.

Quid de la faute commise ? Est-ce positif ou négatif ? Et si la faute permet de mettre fin à une attaque rapide adverse et de prévenir un éventuel but ?

Les paramètres de la victoire sont si nombreux et complexes.

Le Portugal aurait-il gagné l’Euro 2016 si Christiano Ronaldo ne s’était pas blessé ?

Nous ne le saurons jamais. En revanche, nous savons que les Portugais sont tout de même devenus Champions d’Europe sans lui. Du moins sans qu’il ne soit sur le terrain pendant la majorité de la finale contre l’équipe de France.

Alors comment peut-on noter la performance d’un Ronaldo qui n’a presque pas joué et qui a pourtant influencé le sort de la rencontre de manière si significative et visuelle ?

Au nombre de mots d’encouragements murmurés ou criés ? Au nombre d’aller-retours qu’il a effectué devant son banc ? Au nombre de fois où il a pris la place de son sélectionneur ?

De la confiance qu’il a insufflée au buteur Eder à l’interdiction de quitter le terrain qu’il a ordonnée à un autre coéquipier blessé en fin de match, il était partout sauf… sur le terrain.

Nous en arrivons à la conclusion que nous ne pouvons pas tout quantifier.

 

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Comment évaluer les déplacements d’un joueur toujours bien placé, qui ne commet que très peu d’erreur et qui permet donc à ses coéquipiers d’être bien placés également et de ne pas avoir à compenser un éventuel manquement de sa part ?

Comment évaluer celui qui fait toujours l’effort de plus ou plutôt l’effort « juste » et qui permet de stopper une offensive ennemie ?

Comment évaluer le leadership d’un grand joueur tel que Ronaldo ou d’autres ?

A moins qu’à l’avenir, l’homme ne devienne machine ou que nous ne fassions pratiquer le football plus que par des robots, nous ne pourrons jamais mettre en équation le niveau d’un joueur ou l’avenir d’un match.

Il y aura toujours un facteur indicible et non quantifiable, comme insaisissable. Un facteur empreint d’instinct, de spontanéité, d’énergie, de créativité, de passion, et de…magie.

C’est ce qui fait, entre autres choses, la beauté du football.

juillet 20, 2016 admin4334 1 comment

Évidemment qu’elle fait mal cette défaite !

Et c’est pour cela que nous espérons qu’elle nous fasse plus de bien encore ! Car l’équipe de France est jeune, elle est talentueuse et elle joue … ensemble.

during the 2014 FIFA World Cup Brazil Round of 16 match between France and Nigeria at Estadio Nacional on June 30, 2014 in Brasilia, Brazil.

Cette défaite doit servir de tremplin pour la Coupe du Monde 2018 en Russie. Comme une gifle salutaire qui met sur le droit chemin. Car si les Bleus se sont montrés opiniâtres, joueurs, généreux, combattifs et collectifs, ils se sont parfois aussi égarés. Perdus tels des aventuriers qui ne connaissent leur chemin et qui avancent avec audace mais sans boussole. Prisonniers de leur talent et écrasés par la pression de toute une nation, ils ont aussi perdu le contrôle par moments, tels des navigateurs perdus au milieu d’une forte tempête.

Mais malgré cette défaite, ils ont survécu et ils repartent. Cette fois-ci à l’assaut de la dernière marche, celle qui mène au sommet mondial. Grâce à plus de maturité, de travail et de temps passé ensemble, nous espérons qu’en 2018, ils illuminent Moscou de leur créativité, de leur fougue et de leur talent.

Rappelons-nous qu’avant de gagner la seule Coupe du Monde de son histoire en 1998, l’équipe de France s’était inclinée lors de l’Euro 1996. L’évolution et les changements dans la gestion de la sélection lui a permis de nous offrir deux ans plus tard le plus bel exemple de l’emprise que le football peut avoir sur un peuple, sur une nation. Une liesse collective merveilleuse comme nous en avions rarement vu et qui a tant fait de bien.

En effet, car la France souffrait du syndrome de Poulidor. Raymond Poulidor, cet éternel deuxième du cyclisme, incarne la stabilité et le dur labeur.

Mais où se trouvent l’originalité, la fougue et le panache ? Où se cache la Victoire ?

Avec sa culture de la gagne autrefois limitée, notamment dans les sports collectifs, la France s’était habituée (contentée ?) des places de faire-valoir ou au mieux de beau second.

Aimé Jacquet a changé cela. Et la France s’est envolée, portée par un Zinedine Zidane qui s’est affiché en héros national lors de la finale. En symbole de cet avènement de la victoire collective de notre pays, son réalisme s’est révélé à son paroxysme au moment le plus crucial, celui de conclure la compétition par un succès. Zidane est devenu une légende, un mythe, le libérateur d’une France qui gagne…enfin !

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L’engouement populaire a fait le reste et tous les sportifs français se sont engouffrés dans cet élan de confiance, dans cette prise de conscience que le talent et le travail peuvent générer la victoire, sentiment immortel.

Champion un jour, champion toujours.

Zinedine ZIDANE avec le trophee - podium - Equipe de France - joie - attitude - France /Bresil- 12.07.1998 - Foot football - Finale de la coupe du monde 98 - 1998 - archives archive - largeur

On constate que le football n’a pas seulement déteint sur les autres sports mais également sur des sphères jusque-là imperméables à son « ball appeal ». Il y avait certes des supporters du ballon rond dans les entreprises mais de là à transposer une éventuelle victoire en un gain de productivité, il y a plus d’un pas que l’on ne saurait franchir. Pourtant, en 1998, un sentiment de puissance a émergé, dont l’impact et l’énergie ont probablement été utiles à un commercial en panne d’inspiration ou à un cadre dont la carrière était au point mort. Il faisait bon être Français dans un contexte international. Nous avions appris à gagner et nous y avions assisté chez nous.

En fin de compte, peut-être que les Français aiment encore les perdants valeureux mais ils aiment désormais plus que tout les vainqueurs magnifiques.

Le sélectionneur actuel, Didier Deschamps, alors joueur et leader vocal de cette équipe championne du monde, assure le lien avec la nouvelle génération qu’il doit mener au même résultat.

Une lourde tâche, même pour lui. Et c’est la raison pour laquelle il doit se servir de l’enseignement tiré d’une compétition qui a laissé un goût amer d’inachevé. Il doit rassembler et remotiver un groupe qu’il a façonné en dépit des critiques et des moqueries. Un groupe auquel il a insufflé une véritable cohésion. Un groupe qui pourrait bien l’amener, lui aussi, au statut de légende.

Nous l’avons fait en 1998. Nous devons le refaire 20 ans plus tard.

Comme une mission.

Comme dans un rêve.

Les yeux dans les Bleus.

Une défaite pour une Victoire.

пойти блюз!

 

juillet 18, 2016 admin4334 6 comments

logo euro 2016Quel Euro 2016 réussi !

Cet Euro aura été celui des supporteurs exemplaires, de l’union des peuples dans l’affrontement, des surprises et des « petits » pays aux équipes méconnues mais si valeureuses.

Il aura mis en avant les liens très forts qui existent entre le football et la culture, entre le jeu et la façon de le célébrer, entre de simples hommes au talent supérieur et les supporteurs qu’ils font vibrer. En ces temps difficiles, lors de chaque match, 22 hommes se partagent un ballon et la lourde tâche de faire rêver leur pays respectif afin de rendre plus supportable un quotidien qui l’est de moins en moins. Vingt-deux hommes sur qui l’espoir de deux peuples repose. Un choc des cultures et des valeurs mais un choc sans impact si ce n’est dans les esprits, car à la fin, les peuples s’inclinent et s’unissent devant la beauté du jeu et son verdict sans appel.

Quelle émotion de voir des drapeaux flotter au rythme de l’engouement des fans, se dessiner sur des visages à la cadence des coups de crayons ou être fixés sur les façades des maisons. Quel frisson d’entendre l’hymne de son pays chanté dans un stade et d’apprécier le silence respectueux des fans adverses.

Cet Euro aura été le théâtre d’un retour au sentiment d’appartenance à sa Nation, à sa culture propre, dans tout ce qu’il a de plus pur. Un besoin de notre temps qui s’avère plus que jamais indispensable. A force de vouloir nous faire évoluer vers un monde sans frontières, de nous « connecter » toujours plus vite, plus loin, plus nombreux, nous risquons de nous éloigner de nos racines, de notre culture, de ce qui nous définit en ce monde. Pendant un mois et par périodes de 90 minutes, 22 hommes se sont assurés qu’ « internationalisation » ne rime pas avec « désidentification ».

Le football véhicule une image qui peut parfois être perçue comme futile. Pourtant, il n’en occupe pas moins une place primordiale dans la société et dans la vie des peuples, qu’il soulage et dont il puise le meilleur.

Cet Euro aura aussi été celui du retour du collectif, de la victoire du groupe sur l’individu, de la beauté de l’interaction sur l’exploit technique isolé et individuel. Comme un symbole de la société actuelle, dont la survie est plus que jamais dépendante de sa nature participative et collaborative, que ce soit dans son économie, dans le travail ou dans les relations qu’elle orchestre. Dans un sport qui présente 22 joueurs simultanément sur le terrain, on avait jusqu’à présent l’impression que cela se résumait parfois à des duels de stars.

Ce ne fut pas le cas pendant ce championnat d’Europe qui a vu de nouvelles équipes déterminées et solidaires s’imposer  face à de grandes nations du football. Grâce à une détermination sans relâche, une foi dans la force du groupe, une réelle patience dans le jeu et un réalisme étonnant, des sélections telles que l’Islande, le pays de Galles ou l’Irlande du Nord, qui participaient à leur premier euro, nous auront régalé.

Mais rassurons-nous, les stars n’ont pas disparu pour autant. Bien au contraire, si elles se sont effacées au profit du groupe tout au long de la compétition, elles ont aussi su se montrer aux meilleurs moments, comme pour sublimer le travail de l’équipe, socle du football moderne.

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D’un Dimitri Payet revanchard qui lance les Bleus dans leur compétition à un Antoine Griezmann sauveur face aux Champions du monde, en passant par un Ronaldo qui sans même jouer la plupart de la finale, aura finalement été le joueur ayant le plus grand impact sur cette compétition, les stars auront tout de même brillé et avec un timing digne de leurs prestigieux aînés. Dans sa position la plus vulnérable de simple spectateur, le meilleur joueur du monde  a refusé d’abandonner ses frères d’armes et d’être relégué au rang de simple anecdote dans une compétition qu’il rêve d’offrir à son pays depuis si longtemps. Il a su insuffler la confiance en son coéquipier Eder qui délivra toute une nation quelques instants plus tard.

Le collectif sublime les individus et parfois, certains individus d’exception peuvent sublimer un collectif.

Christiano Ronaldo est de ceux-là.

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Grâce à cet Euro, nos mémoires seront imprégnées de la reconquête du cœur des Français par une équipe soudée et entreprenante, de l’accueil du peuple islandais à ses héros improbables, du comportement adorable des supporteurs irlandais, de la victoire du Portugal dans la difficulté mais avec réalisme et d’un football qui rend ses lettres de noblesse au jeu collectif.

Un football toujours en mouvement et en évolution, qui nous porte et nous transporte. Un football qui prône l’osmose entre ses différents acteurs, et qui laisse à l’occasion, le génie d’une poignée d’entre eux éclater aux yeux de tous.

Dans le monde du sport, tout le monde sait qu’après une grande compétition, une autre se profile, parfois même plus prestigieuse. Il n’y a jamais de fin. Il y a toujours un nouveau défi à relever, un nouveau trophée à soulever.

Et pourtant, chaque championnat, chaque match, chaque geste semble être une fin en soi et s’apparente à une petite mort. Les vainqueurs exultent comme s’ils allaient demeurer champions pour l’éternité et les perdants s’écroulent comme si les efforts de toute une vie avaient été inutiles.

C’est ce qui rend le football si beau et si instantané, inscrit dans le moment présent.

Jamais en retard ni en avance. Toujours en mouvement.

Que le spectacle continue…

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