Mois : juillet 2016

juillet 25, 2016 admin4334 6 comments

Il fut un temps pas si lointain où les Européens que nous sommes voyions d’un air parfois amusé et souvent dubitatif la façon dont les sports américains étaient présentés et analysés : à grand renfort de chiffres ! Avant, pendant et après les matchs. Sur les plateaux de télévision, dans les débats animés de bar ou lors de soirées entre amis, encore et toujours des chiffres !

Des chiffres partout : du nombre moyen de yards parcourus par les footballeurs américains au pourcentage de réussite aux tirs des basketteurs en passant par le taux de frappe à la batte des joueurs de baseball, les statistiques ne semblent pas avoir de fin.

 

Teams stats

 

La quantification exacerbée de la production d’un sportif nous paraissait sinon inadéquate pour le moins superflue, qui plus est si on avait voulu l’appliquer au « beautiful game » qu’est le football. Les Américains ne pourront jamais apprécier la qualité et la beauté du jeu du ballon rond en ne se concentrant que sur de simples chiffres. Cette quantification est donc assez réductrice de ce que peut nous offrir chaque semaine nos artistes en short.

Du moins, c’est ce que nous pensions…

Mais comme nous en venons souvent à appliquer des années après ce qui se fait outre-Atlantique, le « soccer » n’aura pas échappé à cette tendance. Nos journalistes et autres « experts » du football l’ont bien intégré et ce, depuis quelques années déjà. Ils se délectent désormais lorsqu’ils énumèrent des séries de chiffres censées quantifier l’apport de tel ou tel joueur, la domination d’une équipe sur son adversaire, qu’elles soient pertinentes ou qu’elles tombent comme un cheveu sur la soupe.

 

stats-comparison

 

Le simple fait d’appuyer une analyse par des chiffres suffirait à valider le contenu de cette analyse. On compare les joueurs en fonction de la distance qu’ils ont parcourue pendant un match, de la proportion de passes réussies ou ratées ou du nombre de duels gagnés.

 

statisitiques-football

 

Et pourtant…

Il s’avère qu’il est impossible d’évaluer la qualité d’un joueur et son impact sur le jeu uniquement avec de simples chiffres, aussi nombreux et pertinents soient-ils. Il ne suffit pas de courir plus que les autres mais d’être au bon endroit au bon moment, d’avoir le meilleur timing. Il ne suffit pas d’être le joueur le plus rapide, le plus physique ou de sauter le plus haut mais il faut être sur le ballon avant les autres, mettre le pied quand il faut et comme il faut. Il ne s’agit pas toujours de gagner un duel mais de faire la passe « juste », celle qui lance l’action mais qui ne figurera pas dans les statistiques, ou de couvrir un coéquipier qui a quitté sa position.

Quid de la faute commise ? Est-ce positif ou négatif ? Et si la faute permet de mettre fin à une attaque rapide adverse et de prévenir un éventuel but ?

Les paramètres de la victoire sont si nombreux et complexes.

Le Portugal aurait-il gagné l’Euro 2016 si Christiano Ronaldo ne s’était pas blessé ?

Nous ne le saurons jamais. En revanche, nous savons que les Portugais sont tout de même devenus Champions d’Europe sans lui. Du moins sans qu’il ne soit sur le terrain pendant la majorité de la finale contre l’équipe de France.

Alors comment peut-on noter la performance d’un Ronaldo qui n’a presque pas joué et qui a pourtant influencé le sort de la rencontre de manière si significative et visuelle ?

Au nombre de mots d’encouragements murmurés ou criés ? Au nombre d’aller-retours qu’il a effectué devant son banc ? Au nombre de fois où il a pris la place de son sélectionneur ?

De la confiance qu’il a insufflée au buteur Eder à l’interdiction de quitter le terrain qu’il a ordonnée à un autre coéquipier blessé en fin de match, il était partout sauf… sur le terrain.

Nous en arrivons à la conclusion que nous ne pouvons pas tout quantifier.

 

tacle tete phil jones

 

Comment évaluer les déplacements d’un joueur toujours bien placé, qui ne commet que très peu d’erreur et qui permet donc à ses coéquipiers d’être bien placés également et de ne pas avoir à compenser un éventuel manquement de sa part ?

Comment évaluer celui qui fait toujours l’effort de plus ou plutôt l’effort « juste » et qui permet de stopper une offensive ennemie ?

Comment évaluer le leadership d’un grand joueur tel que Ronaldo ou d’autres ?

A moins qu’à l’avenir, l’homme ne devienne machine ou que nous ne fassions pratiquer le football plus que par des robots, nous ne pourrons jamais mettre en équation le niveau d’un joueur ou l’avenir d’un match.

Il y aura toujours un facteur indicible et non quantifiable, comme insaisissable. Un facteur empreint d’instinct, de spontanéité, d’énergie, de créativité, de passion, et de…magie.

C’est ce qui fait, entre autres choses, la beauté du football.

juillet 20, 2016 admin4334 1 comment

Évidemment qu’elle fait mal cette défaite !

Et c’est pour cela que nous espérons qu’elle nous fasse plus de bien encore ! Car l’équipe de France est jeune, elle est talentueuse et elle joue … ensemble.

during the 2014 FIFA World Cup Brazil Round of 16 match between France and Nigeria at Estadio Nacional on June 30, 2014 in Brasilia, Brazil.

Cette défaite doit servir de tremplin pour la Coupe du Monde 2018 en Russie. Comme une gifle salutaire qui met sur le droit chemin. Car si les Bleus se sont montrés opiniâtres, joueurs, généreux, combattifs et collectifs, ils se sont parfois aussi égarés. Perdus tels des aventuriers qui ne connaissent leur chemin et qui avancent avec audace mais sans boussole. Prisonniers de leur talent et écrasés par la pression de toute une nation, ils ont aussi perdu le contrôle par moments, tels des navigateurs perdus au milieu d’une forte tempête.

Mais malgré cette défaite, ils ont survécu et ils repartent. Cette fois-ci à l’assaut de la dernière marche, celle qui mène au sommet mondial. Grâce à plus de maturité, de travail et de temps passé ensemble, nous espérons qu’en 2018, ils illuminent Moscou de leur créativité, de leur fougue et de leur talent.

Rappelons-nous qu’avant de gagner la seule Coupe du Monde de son histoire en 1998, l’équipe de France s’était inclinée lors de l’Euro 1996. L’évolution et les changements dans la gestion de la sélection lui a permis de nous offrir deux ans plus tard le plus bel exemple de l’emprise que le football peut avoir sur un peuple, sur une nation. Une liesse collective merveilleuse comme nous en avions rarement vu et qui a tant fait de bien.

En effet, car la France souffrait du syndrome de Poulidor. Raymond Poulidor, cet éternel deuxième du cyclisme, incarne la stabilité et le dur labeur.

Mais où se trouvent l’originalité, la fougue et le panache ? Où se cache la Victoire ?

Avec sa culture de la gagne autrefois limitée, notamment dans les sports collectifs, la France s’était habituée (contentée ?) des places de faire-valoir ou au mieux de beau second.

Aimé Jacquet a changé cela. Et la France s’est envolée, portée par un Zinedine Zidane qui s’est affiché en héros national lors de la finale. En symbole de cet avènement de la victoire collective de notre pays, son réalisme s’est révélé à son paroxysme au moment le plus crucial, celui de conclure la compétition par un succès. Zidane est devenu une légende, un mythe, le libérateur d’une France qui gagne…enfin !

zidane_but_tete

L’engouement populaire a fait le reste et tous les sportifs français se sont engouffrés dans cet élan de confiance, dans cette prise de conscience que le talent et le travail peuvent générer la victoire, sentiment immortel.

Champion un jour, champion toujours.

Zinedine ZIDANE avec le trophee - podium - Equipe de France - joie - attitude - France /Bresil- 12.07.1998 - Foot football - Finale de la coupe du monde 98 - 1998 - archives archive - largeur

On constate que le football n’a pas seulement déteint sur les autres sports mais également sur des sphères jusque-là imperméables à son « ball appeal ». Il y avait certes des supporters du ballon rond dans les entreprises mais de là à transposer une éventuelle victoire en un gain de productivité, il y a plus d’un pas que l’on ne saurait franchir. Pourtant, en 1998, un sentiment de puissance a émergé, dont l’impact et l’énergie ont probablement été utiles à un commercial en panne d’inspiration ou à un cadre dont la carrière était au point mort. Il faisait bon être Français dans un contexte international. Nous avions appris à gagner et nous y avions assisté chez nous.

En fin de compte, peut-être que les Français aiment encore les perdants valeureux mais ils aiment désormais plus que tout les vainqueurs magnifiques.

Le sélectionneur actuel, Didier Deschamps, alors joueur et leader vocal de cette équipe championne du monde, assure le lien avec la nouvelle génération qu’il doit mener au même résultat.

Une lourde tâche, même pour lui. Et c’est la raison pour laquelle il doit se servir de l’enseignement tiré d’une compétition qui a laissé un goût amer d’inachevé. Il doit rassembler et remotiver un groupe qu’il a façonné en dépit des critiques et des moqueries. Un groupe auquel il a insufflé une véritable cohésion. Un groupe qui pourrait bien l’amener, lui aussi, au statut de légende.

Nous l’avons fait en 1998. Nous devons le refaire 20 ans plus tard.

Comme une mission.

Comme dans un rêve.

Les yeux dans les Bleus.

Une défaite pour une Victoire.

пойти блюз!

 

juillet 18, 2016 admin4334 6 comments

logo euro 2016Quel Euro 2016 réussi !

Cet Euro aura été celui des supporteurs exemplaires, de l’union des peuples dans l’affrontement, des surprises et des « petits » pays aux équipes méconnues mais si valeureuses.

Il aura mis en avant les liens très forts qui existent entre le football et la culture, entre le jeu et la façon de le célébrer, entre de simples hommes au talent supérieur et les supporteurs qu’ils font vibrer. En ces temps difficiles, lors de chaque match, 22 hommes se partagent un ballon et la lourde tâche de faire rêver leur pays respectif afin de rendre plus supportable un quotidien qui l’est de moins en moins. Vingt-deux hommes sur qui l’espoir de deux peuples repose. Un choc des cultures et des valeurs mais un choc sans impact si ce n’est dans les esprits, car à la fin, les peuples s’inclinent et s’unissent devant la beauté du jeu et son verdict sans appel.

Quelle émotion de voir des drapeaux flotter au rythme de l’engouement des fans, se dessiner sur des visages à la cadence des coups de crayons ou être fixés sur les façades des maisons. Quel frisson d’entendre l’hymne de son pays chanté dans un stade et d’apprécier le silence respectueux des fans adverses.

Cet Euro aura été le théâtre d’un retour au sentiment d’appartenance à sa Nation, à sa culture propre, dans tout ce qu’il a de plus pur. Un besoin de notre temps qui s’avère plus que jamais indispensable. A force de vouloir nous faire évoluer vers un monde sans frontières, de nous « connecter » toujours plus vite, plus loin, plus nombreux, nous risquons de nous éloigner de nos racines, de notre culture, de ce qui nous définit en ce monde. Pendant un mois et par périodes de 90 minutes, 22 hommes se sont assurés qu’ « internationalisation » ne rime pas avec « désidentification ».

Le football véhicule une image qui peut parfois être perçue comme futile. Pourtant, il n’en occupe pas moins une place primordiale dans la société et dans la vie des peuples, qu’il soulage et dont il puise le meilleur.

Cet Euro aura aussi été celui du retour du collectif, de la victoire du groupe sur l’individu, de la beauté de l’interaction sur l’exploit technique isolé et individuel. Comme un symbole de la société actuelle, dont la survie est plus que jamais dépendante de sa nature participative et collaborative, que ce soit dans son économie, dans le travail ou dans les relations qu’elle orchestre. Dans un sport qui présente 22 joueurs simultanément sur le terrain, on avait jusqu’à présent l’impression que cela se résumait parfois à des duels de stars.

Ce ne fut pas le cas pendant ce championnat d’Europe qui a vu de nouvelles équipes déterminées et solidaires s’imposer  face à de grandes nations du football. Grâce à une détermination sans relâche, une foi dans la force du groupe, une réelle patience dans le jeu et un réalisme étonnant, des sélections telles que l’Islande, le pays de Galles ou l’Irlande du Nord, qui participaient à leur premier euro, nous auront régalé.

Mais rassurons-nous, les stars n’ont pas disparu pour autant. Bien au contraire, si elles se sont effacées au profit du groupe tout au long de la compétition, elles ont aussi su se montrer aux meilleurs moments, comme pour sublimer le travail de l’équipe, socle du football moderne.

Payet

D’un Dimitri Payet revanchard qui lance les Bleus dans leur compétition à un Antoine Griezmann sauveur face aux Champions du monde, en passant par un Ronaldo qui sans même jouer la plupart de la finale, aura finalement été le joueur ayant le plus grand impact sur cette compétition, les stars auront tout de même brillé et avec un timing digne de leurs prestigieux aînés. Dans sa position la plus vulnérable de simple spectateur, le meilleur joueur du monde  a refusé d’abandonner ses frères d’armes et d’être relégué au rang de simple anecdote dans une compétition qu’il rêve d’offrir à son pays depuis si longtemps. Il a su insuffler la confiance en son coéquipier Eder qui délivra toute une nation quelques instants plus tard.

Le collectif sublime les individus et parfois, certains individus d’exception peuvent sublimer un collectif.

Christiano Ronaldo est de ceux-là.

Cristiano-Ronaldo-et-Eder

Grâce à cet Euro, nos mémoires seront imprégnées de la reconquête du cœur des Français par une équipe soudée et entreprenante, de l’accueil du peuple islandais à ses héros improbables, du comportement adorable des supporteurs irlandais, de la victoire du Portugal dans la difficulté mais avec réalisme et d’un football qui rend ses lettres de noblesse au jeu collectif.

Un football toujours en mouvement et en évolution, qui nous porte et nous transporte. Un football qui prône l’osmose entre ses différents acteurs, et qui laisse à l’occasion, le génie d’une poignée d’entre eux éclater aux yeux de tous.

Dans le monde du sport, tout le monde sait qu’après une grande compétition, une autre se profile, parfois même plus prestigieuse. Il n’y a jamais de fin. Il y a toujours un nouveau défi à relever, un nouveau trophée à soulever.

Et pourtant, chaque championnat, chaque match, chaque geste semble être une fin en soi et s’apparente à une petite mort. Les vainqueurs exultent comme s’ils allaient demeurer champions pour l’éternité et les perdants s’écroulent comme si les efforts de toute une vie avaient été inutiles.

C’est ce qui rend le football si beau et si instantané, inscrit dans le moment présent.

Jamais en retard ni en avance. Toujours en mouvement.

Que le spectacle continue…

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