Catégorie : EURO 2016

août 3, 2016 admin4334 3 comments

Maintenant que l’Euro est terminé, et que les émotions ne peuvent plus interférer avec la raison, il est temps de faire, à froid, l’analyse de cette finale perdue. La nouvelle génération qui compose la sélection tricolore, trop jeune il y a deux ans lors de la Coupe du Monde au Brésil bénéficiait cette année de la scène idéale pour éclater au grand jour. La possibilité de se produire devant son pays dans une compétition internationale de cette ampleur est non seulement rare mais présentait l’occasion unique pour ces joueurs émergents de reconquérir le soutien de toute une nation.  Comme un signe des temps dans ce monde toujours plus connecté, il était donc urgent pour les Bleus de se reconnecter à son public. Et c’est ce qu’ils ont fait !

En s’imposant dans les dernières minutes face à l’Albanie, après avoir fait des efforts incessants jusqu’à la concrétisation finale.

En inscrivant 5 buts aux vaillants Islandais.

En résistant aux champions du monde allemands pour ensuite s’appuyer sur leur réalisme et leur créativité au moment opportun.

Mais par-dessus tout en faisant preuve d’humilité, d’envie, de générosité et en développant un véritable esprit d’équipe, sur et en dehors du terrain.

Alors comment une telle équipe, parvenue si loin dans cette compétition a-t-elle pu craquer sur la dernière marche avec tout un peuple derrière elle et un adversaire à priori inférieur ? Comment les Bleus en sont-ils arrivés à s’incliner face à une sélection Portugaise pourtant si peu enclin à produire du jeu ?

Certains mettront en avant un manque certain d’inspiration, de solutions et de … jambes !

Or il s’agit là d’une analyse très superficielle et bien incomplète du parcours des tricolores.

Car la vérité est sans doute ailleurs…

La chute de ce groupe n’est pas survenue brusquement lors de ce 10 juillet 2016 sur la pelouse du stade de France mais avant même l’Euro. On pouvait d’ailleurs percevoir les prémices de ce qui allait arriver il y a quelques mois déjà. Au moment de faire son choix final des hommes qui allaient représenter l’hexagone, la fameuse liste des 23, le sélectionneur Didier Deschamps était déjà en position délicate. Coincé entre des histoires extra-sportives, il a dû faire face aux problèmes comportementaux et autres caprices de « stars » et ce, bien plus que n’importe lequel de ses prédécesseurs.

 

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Il fallait donc se prononcer en faveur des « stars » ou en faveur de la cohésion.

Choisir d’occulter les graves problèmes des mois précédents au profit unique de grands noms du football français actuel aurait été une prise de risque trop importante.

Choisir d’en tenir compte, c’était miser sur la cohésion, sur et en dehors des terrains.  Mais c’était aussi se priver d’atouts offensifs de premier choix.

Le football étant fondé sur des principes de jeu collectif et de cohésion de groupe, les renier ne mène qu’à l’échec. On ne peut dénaturer le football sans en payer le prix !

Si Didier Deschamps a fait un choix, il s’agissait bien d’un choix contraint. Il a subi des évènements dont il aurait préféré se passer. Dans une telle situation, il a rapidement été étiqueté comme futur perdant d’une compétition organisée à domicile.

L’issue aurait-elle été différente s’il avait opté pour l’alternative ? Probablement pas.  Ou plutôt si ! La sélection aurait certainement implosée, gangrénée par les égos surdimensionnés et les intérêts personnels.

Le succès lors d’une compétition de ce niveau réside en très grande partie dans la préparation.

Quand on pense au parcours de ce Portugal champion d’Europe 2016, on ne peut s’empêcher de faire une parallèle avec la Squadra Azzura de 2006, qui avait elle aussi éliminé les Bleus en finale d’une compétition internationale. Les similitudes sont plus grandes encore dans l’approche de ces compétitions, dans la préparation et le processus de maturation qui a été nécessaire à ces équipes pour aller jusqu’au bout.

Tout d’abord, les deux pays n’avaient pas gagné depuis bien longtemps (en fait, le Portugal n’avait jamais gagné !) et la détermination des joueurs surpassait la pression qu’ils pouvaient ressentir.

Ensuite, l’engouement de leur peuple a grandi au fil du temps pour atteindre  son paroxysme, inscrivant la compétition dans une dimension sociale et culturelle de premier ordre. Ils partagent une certaine façon de penser et de vivre le football.

Enfin, leurs fédérations respectives ont mis en place un plan à long terme qui nécessitait une reconstruction progressive et la mise en application de principes.

Nous avons été témoins du moment précis où tout a basculé et où le Portugal a rencontré son destin.

En un instant, en un geste parfait, Eder a mis le point final à une aventure commencée il y a longtemps, cristallisant tous les efforts réalisés, produits des décisions judicieuses prises au profit de cette sélection.

Au-delà de la symbolique de ce but, il y avait une énergie particulière dans l’action. L’œil avisé aura su capter la magie de ce moment. Tout s’est synchronisé, comme répondant à une sorte de Karma sportif qui portait en lui toute l’énergie positive engrangée par cette sélection au fil du temps et qui s’est abattu à ce moment précis.

Un mouvement qui pouvait sembler anodin à celui qui n’avait aucune idée de la charge culturelle qu’il portait et de sa signification historique mais qui pourtant a été si décisif.

Critiqué tout au long de l’Euro pour des performances jugées bien en deçà du potentiel entrevu par les spécialistes, les joueurs portugais y ont toujours cru. Pour ceux qui pensent encore que le Portugal n’aurait pas dû remporter cet Euro, il est pourtant évident que l’on ne gagne pas un tournoi de cette ampleur sans une véritable stratégie et des qualités en concordance. Ni sans une préparation adéquate.

Les Bleus sont donc tombés sur un bloc équipe bien en place, intraitable en défense et qui sait frapper quand il le faut. Une équipe qui transpire la confiance et la solidarité et qui avait une soif immense d’offrir son premier titre au Portugal.

Donnée perdante avant le début des hostilités, L’équipe de France  aurait pu s’avérer insipide dans sa façon de jouer et inefficace en attaque. Au lieu de cela, elle s’est battue, elle a montré son talent, elle a forcé son destin et nous a fait rêver. Et si elle a effectivement trébuché sur la dernière marche, elle a surtout réchauffé le cœur des Français.

Malgré toutes ces qualités, tout n’était donc pas réuni pour gagner cette année. En s’appuyant sur cette magnifique aventure, elle doit maintenant gagner en maturité et s’imprégner de cette dimension culturelle afin de passer un cap.

On réalise maintenant tout le travail qui a déjà été fait. Le choix d’écarter certains joueurs aux égos surdimensionnés aura notamment porté ses fruits.  Le sélectionneur s’est affirmé en meneur de troupe inébranlable et a atteint ses objectifs avec une équipe qu’il a réussi à faire grandir tout au long du chemin. On comprend mieux désormais pourquoi il n’a divulgué la liste des 23 que le dernier jour. Il se devait de protéger son groupe des distractions extérieures mais également de favoriser les bonnes relations en interne. Cela lui a permis de garder ses joueurs concentrés et sous tension en les protégeant des médias, de leurs interrogations et de leurs doutes. En manager expert et averti qu’il est devenu, il a décliné cette stratégie jusque dans ses rituels d’avant-match, au cours desquels il ne dévoile la composition de l’équipe qu’au dernier moment.

Au final, il a réussi un véritable tour de force en emmenant un groupe qui n’avait pas connu la compétition depuis deux ans, à jouer, vivre et respirer ensemble. Il l’a amené au-delà de ce que nous attendions de lui, au-delà même de ce que nous en espérions.

Pour ce qui est de nos rêves de victoire, ils ne sont pas éteints car ils brillent désormais en direction de Moscou, plus forts encore. Les Bleus nous ont emplis d’espoir et auront à cœur de gravir une marche plus haute cette fois.

Quant à Didier Deschamps, il a réussi à accomplir ce qui s’avère peut-être plus dur que de gagner :

Gagner dans la défaite.

Et si ce n’était que le début…

juillet 20, 2016 admin4334 1 comment

Évidemment qu’elle fait mal cette défaite !

Et c’est pour cela que nous espérons qu’elle nous fasse plus de bien encore ! Car l’équipe de France est jeune, elle est talentueuse et elle joue … ensemble.

during the 2014 FIFA World Cup Brazil Round of 16 match between France and Nigeria at Estadio Nacional on June 30, 2014 in Brasilia, Brazil.

Cette défaite doit servir de tremplin pour la Coupe du Monde 2018 en Russie. Comme une gifle salutaire qui met sur le droit chemin. Car si les Bleus se sont montrés opiniâtres, joueurs, généreux, combattifs et collectifs, ils se sont parfois aussi égarés. Perdus tels des aventuriers qui ne connaissent leur chemin et qui avancent avec audace mais sans boussole. Prisonniers de leur talent et écrasés par la pression de toute une nation, ils ont aussi perdu le contrôle par moments, tels des navigateurs perdus au milieu d’une forte tempête.

Mais malgré cette défaite, ils ont survécu et ils repartent. Cette fois-ci à l’assaut de la dernière marche, celle qui mène au sommet mondial. Grâce à plus de maturité, de travail et de temps passé ensemble, nous espérons qu’en 2018, ils illuminent Moscou de leur créativité, de leur fougue et de leur talent.

Rappelons-nous qu’avant de gagner la seule Coupe du Monde de son histoire en 1998, l’équipe de France s’était inclinée lors de l’Euro 1996. L’évolution et les changements dans la gestion de la sélection lui a permis de nous offrir deux ans plus tard le plus bel exemple de l’emprise que le football peut avoir sur un peuple, sur une nation. Une liesse collective merveilleuse comme nous en avions rarement vu et qui a tant fait de bien.

En effet, car la France souffrait du syndrome de Poulidor. Raymond Poulidor, cet éternel deuxième du cyclisme, incarne la stabilité et le dur labeur.

Mais où se trouvent l’originalité, la fougue et le panache ? Où se cache la Victoire ?

Avec sa culture de la gagne autrefois limitée, notamment dans les sports collectifs, la France s’était habituée (contentée ?) des places de faire-valoir ou au mieux de beau second.

Aimé Jacquet a changé cela. Et la France s’est envolée, portée par un Zinedine Zidane qui s’est affiché en héros national lors de la finale. En symbole de cet avènement de la victoire collective de notre pays, son réalisme s’est révélé à son paroxysme au moment le plus crucial, celui de conclure la compétition par un succès. Zidane est devenu une légende, un mythe, le libérateur d’une France qui gagne…enfin !

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L’engouement populaire a fait le reste et tous les sportifs français se sont engouffrés dans cet élan de confiance, dans cette prise de conscience que le talent et le travail peuvent générer la victoire, sentiment immortel.

Champion un jour, champion toujours.

Zinedine ZIDANE avec le trophee - podium - Equipe de France - joie - attitude - France /Bresil- 12.07.1998 - Foot football - Finale de la coupe du monde 98 - 1998 - archives archive - largeur

On constate que le football n’a pas seulement déteint sur les autres sports mais également sur des sphères jusque-là imperméables à son « ball appeal ». Il y avait certes des supporters du ballon rond dans les entreprises mais de là à transposer une éventuelle victoire en un gain de productivité, il y a plus d’un pas que l’on ne saurait franchir. Pourtant, en 1998, un sentiment de puissance a émergé, dont l’impact et l’énergie ont probablement été utiles à un commercial en panne d’inspiration ou à un cadre dont la carrière était au point mort. Il faisait bon être Français dans un contexte international. Nous avions appris à gagner et nous y avions assisté chez nous.

En fin de compte, peut-être que les Français aiment encore les perdants valeureux mais ils aiment désormais plus que tout les vainqueurs magnifiques.

Le sélectionneur actuel, Didier Deschamps, alors joueur et leader vocal de cette équipe championne du monde, assure le lien avec la nouvelle génération qu’il doit mener au même résultat.

Une lourde tâche, même pour lui. Et c’est la raison pour laquelle il doit se servir de l’enseignement tiré d’une compétition qui a laissé un goût amer d’inachevé. Il doit rassembler et remotiver un groupe qu’il a façonné en dépit des critiques et des moqueries. Un groupe auquel il a insufflé une véritable cohésion. Un groupe qui pourrait bien l’amener, lui aussi, au statut de légende.

Nous l’avons fait en 1998. Nous devons le refaire 20 ans plus tard.

Comme une mission.

Comme dans un rêve.

Les yeux dans les Bleus.

Une défaite pour une Victoire.

пойти блюз!

 

juillet 18, 2016 admin4334 6 comments

logo euro 2016Quel Euro 2016 réussi !

Cet Euro aura été celui des supporteurs exemplaires, de l’union des peuples dans l’affrontement, des surprises et des « petits » pays aux équipes méconnues mais si valeureuses.

Il aura mis en avant les liens très forts qui existent entre le football et la culture, entre le jeu et la façon de le célébrer, entre de simples hommes au talent supérieur et les supporteurs qu’ils font vibrer. En ces temps difficiles, lors de chaque match, 22 hommes se partagent un ballon et la lourde tâche de faire rêver leur pays respectif afin de rendre plus supportable un quotidien qui l’est de moins en moins. Vingt-deux hommes sur qui l’espoir de deux peuples repose. Un choc des cultures et des valeurs mais un choc sans impact si ce n’est dans les esprits, car à la fin, les peuples s’inclinent et s’unissent devant la beauté du jeu et son verdict sans appel.

Quelle émotion de voir des drapeaux flotter au rythme de l’engouement des fans, se dessiner sur des visages à la cadence des coups de crayons ou être fixés sur les façades des maisons. Quel frisson d’entendre l’hymne de son pays chanté dans un stade et d’apprécier le silence respectueux des fans adverses.

Cet Euro aura été le théâtre d’un retour au sentiment d’appartenance à sa Nation, à sa culture propre, dans tout ce qu’il a de plus pur. Un besoin de notre temps qui s’avère plus que jamais indispensable. A force de vouloir nous faire évoluer vers un monde sans frontières, de nous « connecter » toujours plus vite, plus loin, plus nombreux, nous risquons de nous éloigner de nos racines, de notre culture, de ce qui nous définit en ce monde. Pendant un mois et par périodes de 90 minutes, 22 hommes se sont assurés qu’ « internationalisation » ne rime pas avec « désidentification ».

Le football véhicule une image qui peut parfois être perçue comme futile. Pourtant, il n’en occupe pas moins une place primordiale dans la société et dans la vie des peuples, qu’il soulage et dont il puise le meilleur.

Cet Euro aura aussi été celui du retour du collectif, de la victoire du groupe sur l’individu, de la beauté de l’interaction sur l’exploit technique isolé et individuel. Comme un symbole de la société actuelle, dont la survie est plus que jamais dépendante de sa nature participative et collaborative, que ce soit dans son économie, dans le travail ou dans les relations qu’elle orchestre. Dans un sport qui présente 22 joueurs simultanément sur le terrain, on avait jusqu’à présent l’impression que cela se résumait parfois à des duels de stars.

Ce ne fut pas le cas pendant ce championnat d’Europe qui a vu de nouvelles équipes déterminées et solidaires s’imposer  face à de grandes nations du football. Grâce à une détermination sans relâche, une foi dans la force du groupe, une réelle patience dans le jeu et un réalisme étonnant, des sélections telles que l’Islande, le pays de Galles ou l’Irlande du Nord, qui participaient à leur premier euro, nous auront régalé.

Mais rassurons-nous, les stars n’ont pas disparu pour autant. Bien au contraire, si elles se sont effacées au profit du groupe tout au long de la compétition, elles ont aussi su se montrer aux meilleurs moments, comme pour sublimer le travail de l’équipe, socle du football moderne.

Payet

D’un Dimitri Payet revanchard qui lance les Bleus dans leur compétition à un Antoine Griezmann sauveur face aux Champions du monde, en passant par un Ronaldo qui sans même jouer la plupart de la finale, aura finalement été le joueur ayant le plus grand impact sur cette compétition, les stars auront tout de même brillé et avec un timing digne de leurs prestigieux aînés. Dans sa position la plus vulnérable de simple spectateur, le meilleur joueur du monde  a refusé d’abandonner ses frères d’armes et d’être relégué au rang de simple anecdote dans une compétition qu’il rêve d’offrir à son pays depuis si longtemps. Il a su insuffler la confiance en son coéquipier Eder qui délivra toute une nation quelques instants plus tard.

Le collectif sublime les individus et parfois, certains individus d’exception peuvent sublimer un collectif.

Christiano Ronaldo est de ceux-là.

Cristiano-Ronaldo-et-Eder

Grâce à cet Euro, nos mémoires seront imprégnées de la reconquête du cœur des Français par une équipe soudée et entreprenante, de l’accueil du peuple islandais à ses héros improbables, du comportement adorable des supporteurs irlandais, de la victoire du Portugal dans la difficulté mais avec réalisme et d’un football qui rend ses lettres de noblesse au jeu collectif.

Un football toujours en mouvement et en évolution, qui nous porte et nous transporte. Un football qui prône l’osmose entre ses différents acteurs, et qui laisse à l’occasion, le génie d’une poignée d’entre eux éclater aux yeux de tous.

Dans le monde du sport, tout le monde sait qu’après une grande compétition, une autre se profile, parfois même plus prestigieuse. Il n’y a jamais de fin. Il y a toujours un nouveau défi à relever, un nouveau trophée à soulever.

Et pourtant, chaque championnat, chaque match, chaque geste semble être une fin en soi et s’apparente à une petite mort. Les vainqueurs exultent comme s’ils allaient demeurer champions pour l’éternité et les perdants s’écroulent comme si les efforts de toute une vie avaient été inutiles.

C’est ce qui rend le football si beau et si instantané, inscrit dans le moment présent.

Jamais en retard ni en avance. Toujours en mouvement.

Que le spectacle continue…

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