Catégorie : La Formation

octobre 14, 2017 admin4334 3 comments

Quelque part, au milieu d’une cour de récréation, un enfant slalome ballon au pied avec une aisance déconcertante pour son âge. Il dribble tous ses camarades les uns après les autres et bien qu’il ait conscience de leur présence, il semble évoluer dans une autre dimension, comme s’il était intouchable, les yeux fixés sur son objectif. Il arbore un large sourire, témoin de sa passion et il rêve, tout en jouant jusqu’à l’épuisement, d’imiter son idole, l’Argentin Lionel Messi. Il rêve d’une carrière brillante et de devenir une star du ballon rond dans un club mythique. Il rêve de remplir les compilations des meilleures actions sur Internet et d’inspirer à son tour les gamins du monde entier.

 

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Mais il rêve aussi de faire partie intégrante d’un club et de côtoyer des coéquipiers qui seront une deuxième famille pour lui. Il rêve d’une épopée forgée par de glorieuses victoires et des titres de champion. Il rêve d’inscrire son nom dans la légende du football.

Il arrive dans son premier club, plein d’excitation et avec une envie dévorante de fouler la pelouse. Dès son premier jour, il croise d’autres enfants et il remarque d’emblée dans leurs yeux qu’ils ont la même passion que lui, le même feu intérieur. Il est désormais dans son milieu mais il n’est plus seul, avec son ballon. Il fait face pour la première fois à l’adversité mais aussi au partage et découvre l’encadrement d’un éducateur. Il devra se surpasser pour démontrer ses qualités et être le meilleur. Dans sa tête, il n’y a pas d’autres options. Mais pour cela, il faudra qu’il fournisse un maximum d’efforts et qu’il se montre à l’écoute de tout ce qui pourra lui servir dans sa progression. Car donner le meilleur de soi-même ne suffit pas. Il faut s’améliorer constamment et de façon intelligente, pour gagner du temps sur ses semblables. Son amour du jeu et sa volonté de partager vont le porter tout au long de son parcours.

Pour la première fois, il se rend compte de la dualité entre le sport loisir qu’il pratiquait et le chemin qu’il est décidé à suivre pour devenir un professionnel. Son évolution passe nécessairement par cette transition qui va le changer à jamais.

Le jeune insouciant qui jouait seul pendant des heures va se transformer en travailleur assidu et acharné, des qualités qui lui sont indispensables maintenant qu’il a intégré le centre de formation du club dont il a toujours rêvé, où la rigueur inamovible est un socle et les attentes sont omniprésentes.

Il a toujours été habité par le leitmotiv de devenir joueur professionnel et ce qui va être déterminant dans sa réussite est sa capacité à conserver la passion de vouloir en faire son métier.

Il doit pour cela endurer le travail imposé, développer la rigueur nécessaire et faire preuve d’abnégation pour continuer à évoluer dans la structure élite dont les attentes sont autant portées sur son évolution personnelle que sur les résultats de son équipe. Les obstacles sur sa route sont nombreux et il se rend progressivement compte de l’incertitude de sa quête, symbolisée par la mise en concurrence et l’élitisme du métier.

Pour atteindre les sommets du football, il s’est engagé dans une situation de quitte ou double car pour lui, il est impossible d’y renoncer. Les efforts physiques et mentaux fournis au quotidien vont lui faire passer un cap et il apprend à se connaître dans l’adversité. Il est professionnel, non pas encore par le contrat, mais dans son esprit et dans la certitude de son engagement.

Il se démarque de ses camarades grâce à une motivation intrinsèque puissante et persistante. Ce moteur transcende ses qualités physiques, techniques et tactiques.

Son rêve est sa destination et son entraînement son plan de route.

Il est dans une position rarissime de pouvoir faire de sa vocation son métier et l’atteinte de son objectif l’amène vers un bonheur immense : il devient professionnel.

Si le chemin parcouru jusqu’aux portes de l’élite était long et fastidieux, le plus dur reste pourtant à faire ! Le précieux sésame en main, il demeure un simple morceau de papier et sa carrière va dépendre de nombreux facteurs.

Il doit s’imposer en tant que titulaire dans son club pour continuer à progresser car il sait pertinemment que de ne pas jouer et de stagner est un risque trop important. Tout bouge très vite et les places sont ardemment disputées. C’est ce qui l’amène à être toujours conscient de la chance d’être passionné par son métier.

Il prend plaisir dans la rigueur de l’entraînement et de la compétition. Le milieu du sport professionnel va le pousser à travailler sur ses compétences extra-sportives pour faire bonne figure lors des conférences de presse, des interviews à la mi-temps des matchs, ou sur les réseaux sociaux où la gestion de son image sera primordiale.

L’excellence de sa carrière va dépendre de sa capacité à « voir » les situations, à l’instar du terrain où il est amené à anticiper le déroulement d’une action et le déplacement de ses coéquipiers et adversaires. Il devra choisir ses clubs en fonction d’une sensibilité qui lui est propre et s’entourer de personnes bienveillantes qui ont à cœur de le voir réussir.

Tout au long de sa carrière et au fur et à mesure qu’il se rapproche du jour où il raccrochera ses crampons, il faudra qu’il garde son rêve d’enfant vivant et chacune de ses actions sera portée par la liberté qu’il ressentait autrefois, lorsqu’il faisait ses premières gammes, dans la cour de récréation.

septembre 19, 2016 admin4334 3 comments

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La formation est en pleine progression en France, à l’instar de la performance des Bleuets lors du Championnat d’Europe des Nations U19, qui se sont illustrés grâce à un collectif magnifié. En pratiquant un football solidaire, les joueurs se sont impliqués dans la tâche tout au long d’une compétition qu’ils auront dominée de la tête et des crampons. Après un premier match perdu, ils ont su se remobiliser et trouver leur force dans le groupe et dans leurs valeurs intrinsèques.

Ils ont été façonnés à l’image de leur sélectionneur, Ludovic Batelli, qui a construit ce groupe depuis quelques années en privilégiant les complémentarités, les complicités et l’alchimie entre joueurs. Sa générosité de tous les instants a rejailli sur eux et ils n’en ont brillé que plus fort.

Mais si cette équipe de France a pu s’illustrer ainsi, c’est avant tout grâce à un travail de fond, préparé et mis en œuvre bien en amont par tous les centres de formation et depuis 6 ans.

En effet, il est des fiascos qui mènent à de grandes réussites et le football nous en offre parfois de merveilleux exemples. L’un d’entre eux nous touche plus particulièrement puisqu’il s’agit de l’équipe de France et trouve son origine dans la débâcle mémorable lors de  la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud.

Au cours de l’un des moments les plus tristement célèbres du football en bleu blanc rouge, les spectateurs et auront été les témoins incrédules d’un échec sportif mais surtout de comportements calamiteux en dehors du terrain.

La prise de conscience par les responsables du football français dont la Direction Technique Nationale (DTN), a mené à repenser la méthodologie de travail des centres de formation en remettant le joueur au service du collectif et en mettant fin à une individualisation (certains diraient individualisme) à outrance dès le plus jeune âge. Les stigmates de cette individualisation n’ont jamais été aussi visibles que lors de ce cuisant échec, symbole de tous les maux d’une génération.

Une génération à qui l’on a tout donné, à l’exception de la culture du groupe. Les formateurs se sont adaptés aux particularités de chacun au détriment de leur place dans le groupe. Les joueurs de cette génération qu’on pensait « dorée » ne pouvaient donc saisir pleinement l’importance de la dynamique d’une équipe. Sur le terrain et dans les vestiaires, les interactions produisent des énergies, souvent bien plus importantes que le talent supérieur d’un ou plusieurs individus. L’alchimie peut créer des actions d’anthologies et des victoires inattendues. Celle du vestiaire peut redonner l’espoir et le plaisir de jouer, composante essentielle au moment de fouler la pelouse. Quand on sait que l’on peut compter sur chacun de ses coéquipiers car on fait partie de quelque chose de plus grand que soi, on développe une sensibilité différente sur le terrain et des habitudes positives pour le bien de l’équipe. Être prêt à se mettre en danger individuellement sur n’importe quelle action pour rattraper l’erreur d’un coéquipier ou combler un oubli défensif est un « savoir-être » primordial qui doit être enseigné de nos jours.

Sur ce constat, la DTN a révisé sa stratégie et opéré un retour au collectif. Pour cela, elle a mis fin à la championite avant la formation, source de nombreux problèmes mais aussi de mauvaises habitudes  qui s’impriment progressivement dans le caractère et l’ADN footballistique des enfants.

La vie est un enchaînement de cycles et du pire émerge parfois le meilleur, encore faut-il vouloir s’engager dans une démarche longue et complexe. Prendre du recul, analyser ses échecs, trouver les corrections judicieuses et adaptées mais aussi vouloir, pouvoir et savoir les mettre en pratique n’est pas donné à tout le monde, d’autant plus quand cela implique un très grand nombre de parties prenantes. La DTN a su réaliser cette transition avec brio et son travail à long terme rejailli à tous les niveaux du football français.

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La génération des Bleuets a démontré toute la pertinence d’une formation renouvelée en s’imposant en finale face à une équipe italienne qui s’appuie sur une identité culturelle forte. Avec un mélange de créativité, de générosité et de solidarité, ils ont dominé des nations que l’on redoutait il y a peu.

La formation française n’a aujourd’hui plus rien à envier à ses voisines et on voit de plus en plus de joueurs évoluer à l’étranger.

Afin de ramener leurs aînés de la sélection nationale au sommet du football mondial, il faudra faire perdurer cet état d’esprit au sein des centres de formation en privilégiant un développement individuel toujours en corrélation avec sa dynamique au sein de l’équipe.

Nous avons donc changé de cycle et nous sommes entrés dans une nouvelle ère du football français, une ère dans laquelle nos enfants rêvent de nouveau de pouvoir enfiler la tunique bleue au coq doré et d’être acclamés par des millions de français. Une ère au cours de laquelle les générations qui ont bénéficié de cette formation axée sur le collectif ont l’occasion et le privilège de faire briller les yeux des gamins au rythme de leurs dribbles chaloupés et de leurs actions d’éclat.